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jeu. 02 mai | Loeve&Co

Bruno Munari : un Peter Pan d'envergure Léonardesque

Les inscriptions sont closes
Bruno Munari : un Peter Pan d'envergure Léonardesque

Heure et lieu

02 mai 2019 à 17:00 – 01 juin 2019 à 17:00
Loeve&Co, 15 Rue des Beaux Arts, Paris, France

À propos de l'événement

Bruno Munari (1907-1998) était peut-être le Léonard de Vinci du 20ème siècle... Pablo Picasso l’avait, paraît-il, surnommé ainsi, et le critique Pierre Restany titra pour sa part « Un Peter Pan à l’envergure Léonardesque » l’article nécrologique qu’il lui consacra dans le magazine Domus… Il est indiscutable, en tout cas, qu’il a marqué de son empreinte légère et profonde de nombreux domaines de la création contemporaine. Simultanément (plus que tour à tour) peintre, sculpteur, designer, illustrateur, graphiste, écrivain, cinéaste et pédagogue, il a pleinement participé à la vie artistique de son temps, en intégrant dès 1927 la seconde génération des futuristes aux côtés de Marinetti et de Balla, puis en créant le Mouvement d’Art Concret (MAC, 1948) avec le peintre et critique Gillo Dorfles.

Le succès de quelques-uns des objets qu’il a dessinés, comme le cendrier Cubo (pour Danese), ou la structure Abitacolo (pour Robots), distingués par plusieurs prix de design Compasso d’Oro, a longtemps relégué le reste de ses activités au second plan. Pourtant, Bruno Munari est un artiste complet, dont les créations pluridisciplinaires ont fait l’objet d’expositions importantes dès les années 1930, notamment à la Biennale de Venise (1930, 1932, 1934, 1936, 1952, 1966, 1970, 1986...), au MoMA de New York (1954, 1955) ou à la Documenta de Cassel (1964-1968). Depuis sa première rétrospective, organisée en 1986 au Palazzo Reale de Milan, de nombreuses autres ont suivi, récemment en Italie (Museo del 900, Milan, 2014, Museo Ettore Fico, Turin, 2017), en Grande-Bretagne (Estorick Collection of Italian Modern Art, Londres, 2012) ou au Japon (Setagaya Art Museum, Tokyo, Iwate Museum of Art, Kitakyushu Municipal Museum of Art, Hayama Museum of Modern Art, 2018-2019). Parallèlement, puiseurs galeries ont entrepris de replacer l’art de Bruno Munari dans un contexte tant historique que contemporain, dont Robilant + Voena, Londres (2016), Repetto Gallery, Londres (2019), kaufmann repetto, Milan (2018), Andrew Kreps, New York (2018-2019)...

Même si le MNAM – Centre Pompidou a enfin acquis plusieurs de ses œuvres ces dernières années, Bruno Munari demeure trop mal connu et reconnu en France, où son travail n’a jamais fait l’objet d’une exposition personnelle. Cependant, une nouvelle génération d’artistes et de commissaires a mis ses recherches à l’honneur à Paris ces dernières années, chez Castillo/Corrales (2007), au FRAC Île-de-France Le Plateau (2012), à la Galerie des Galeries (2013), ainsi que dans les expositions Dynamo au Grand Palais (2013) ou, récemment, au Palais d’Iéna, dans l’exposition Suspension (2018).

Cette première présentation monographique explore l’ensemble de la production de Bruno Munari (art, graphisme, pédagogie, design...) sous le prisme de l’esprit de géométrie et de l’esprit de finesse qu’il a réussi à concilier comme nul autre, ainsi que le soulignait Restany. Comme l’ont montré ses ouvrages consacrés dans les années 1960 aux formes géométriques essentielles, cercle, carré, triangle, les jeux avec la géométrie peuvent en effet permettre de stimuler simultanément les capacités d’analyse et d’imagination, pour parvenir à une forme universelle de créativité.

Depuis les Machines inutiles des années 1930, gracieux échos simultanés aux premiers Mobiles de Calder, jusqu’aux Xérographies Originales des années 1960, en passant par les premières éditions d’œuvres d'art en multiples (Ora X, 1945), les Livres illisibles de 1949, les peintures Positif/Négatif des années 1950, les Sculptures de voyage de 1958... toute son œuvre, sous toutes ses formes, est habitée par une joyeuse curiosité, une expérimentation sans relâche et une délicate poésie, sans aucun esprit de sérieux. Lui-même rapportait en 1971 : «[Mes amis] avaient quasiment tous une de mes Machines inutiles à la maison, mais ils les cantonnaient dans les chambres d’enfants, parce qu’elles semblaient absurdes et ne servaient à rien, tandis que leurs salons arboraient des sculptures de Marino Marini et des tableaux signés Carrá ou Sironi. Sans aucun doute, comparé à un tableau de Sironi, si profondément marqué du sceau de l’émotion, moi, avec ma ficelle et mon carton, je pouvais difficilement m’attendre à être pris au sérieux».

L’art de Bruno Munari est en effet modeste dans ses processus et matériaux de fabrication, accessibles à tous et reproductibles. Sa légèreté procède d’une «audace décontractée qui naît de son renoncement au contrôle», comme l’a relevé l’autrice et éditrice américaine Trinie Dalton, qui va jusqu’à se demander s’il ne serait pas le «parrain du punk» ? En s’écartant systématiquement du «Grand Art» «bourgeois dans sa conception, fait-main par un génie à l’usage exclusif des plus riches», voire en le ridiculisant ouvertement, Bruno Munari aurait en effet, selon elle, «préparé le monde à l’idée de prendre les expériences artisanales au sérieux».

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