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Esprit, peins-tu là? (1)

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Esprit, peins-tu là? (1)

Heure et lieu

08 juil. 2020, 10:00
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À propos de l'événement

Semaine 10: Esprit, peins-tu là?

L’Art Brut, et plus encore la peinture médiumnique, bénéficient d’un intérêt inédit. Les récentes expositions importantes consacrées aux artistes spirites, à la Maison de Victor Hugo, au LaM de Villeneuve d’Ascq ou, actuellement, au Musée Maillol à Paris, ameutent les foules et enflamment les commentateurs. Visible jusqu’en novembre prochain, cette dernière livre un point quasi exhaustif sur le sujet, des précurseurs Fernand Desmoulin et Victorien Sardou aux ténors du mouvement, qui ont fasciné André Breton et Jean Dubuffet, les nordistes Fleury Joseph Crépin ou Augustin Lesage.

Les peintres spirites exécutent des créations dictées par des voix, intérieures ou appartenant à des guides de l’au-delà; ils dessinent ou peignent en état de transe, se considérant comme de simples exécutants, des intermédiaires entre un monde supérieur et le monde terrestre. Le plus souvent issus de milieux populaires ou ouvriers, autodidactes, ils commencent généralement à créer tardivement, parallèlement à une vocation de guérisseur, à la suite d’une initiation au spiritisme, ou d’une révélation. Leurs compositions présentent de fréquentes similitudes stylistiques, repérées par Philippe Dagen dans le long article qu’il leur a consacré dans Le Monde le 10 juin dernier: méticulosité, dextérité, patience, les surfaces picturales sont emplies d’une prolifération de rosaces, spirales, hachures, bandeaux de cercles ou de signes répétés à l’identique.

Quand on ne croit plus au Paradis, on commence à croire au spiritisme; la phrase du philosophe Mircea Eliade, dans Fragmentarium, éclaire historiquement les circonstances dans lesquelles éclot le phénomène spirite dans les sociétés en pleine révolution industrielle. A l’heure du positivisme et des grandes revendications sociales, au milieu du XIXème siècle, c’est un fait divers qui déclenche la vogue autour des esprits. Durant la nuit du 31 mars 1848, les sœurs Leah, Maggie et Kate, de la tranquille famille Fox, habitant Hydesville, Etat de New-York, dans une ferme réputée hantée, établissent un contact et conversent, par coups frappés, avec un esprit répondant au nom de Mr. Splitfoot (Monsieur Pied fourchu). L'entité déclare ensuite se nommer en réalité Charles B. Rosma, colporteur assassiné dans cette maison et dont le cadavre aurait été enterré dans la cave d'où proviennent les coups. On fouille le sol et, à une profondeur d'un mètre cinquante, on découvre du charbon de bois, de la chaux vive, des cheveux et, après expertise, des ossements humains. Les évènements de Hydesville donnent ainsi naissance à un véritable phénomène de société. Dans les années qui suivent, l'engouement pour le spiritisme atteint son comble aux États-Unis: trois millions d'adeptes, d'innombrables médiums, de nombreuses revues spécialisées... Théorisé par Allan Kardec (pseudonyme du pédagogue Léon Hyppolite Denizard Rivail) dans Le Livre des esprits en 1857, le spiritisme passionne toute la société française. Les écrivains comme les scientifiques trouvent dans ces rituels des réponses d’autant plus séduisantes qu’elles comblent leurs propres lacunes. Des cercles spirites se forment jusque dans la classe populaire partout en Europe. Parmi les plus fervents adeptes se trouvent des personnalités telles que l’inventeur de Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle, mais aussi de nombreux savants et intellectuels, comme Camille Flammarion. Parmi eux, Victor Hugo déclare, définitif: Pourquoi nier l’évidence? Oui, il est naturel que les esprits existent.

C’est précisément à partir de sa conversion au spiritisme, en 1853 à Guernesey, que les dessins de Victor Hugo deviennent expérimentaux, troublants, visionnaires, d’une puissance de suggestion sans égale dira André Breton, qui par ailleurs goûtait fort peu le poète.

Breton est le premier, bien sûr, à déceler tout le potentiel esthétique des productions artistiques médiumniques, qui sont voisines (sans s’y superposer, naturellement) des expériences surréalistes de dessin ou d’écriture automatiques. En 1922, son article Entrée des médiums rend compte de séances d’hypnose créatives au sein du groupe surréalistes, mais c’est en en 1933 dans la revue Minotaure qu’il publie Le message automatique, et reproduit des œuvres réalisées par des artistes visionnaires, dont Victorien Sardou. Via André Breton, on glisse naturellement vers Jean Dubuffet, le créateur du concept d’Art brut. En 1946, visitant l’exposition de l’Union spirite française à la galerie Lefranc à Paris, un an après l’invention du terme même d’Art brut, Dubuffet y fait la connaissance décisive de Fleury Joseph Crépin, ouvrier peintre et médium. Dans la foulée, les collections de Dubuffet et d’André Breton s’enrichissent de toiles et de dessins médiumniques, réalisées par des hommes du commun ayant répondu aux injonctions des esprits: leur spontanéité, leur singularité, leur inventivité et leur caractère obsessionnel ne pouvaient que fasciner ces contempteurs de l’asphyxiante culture.

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