Expositions

lun. 12 oct. | www.loeveandco.com

Loeve&Co-llect: Genre brut

Loeve&Co-llect: Vingt-septième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
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Loeve&Co-llect: Genre brut

Heure et lieu

12 oct. 2020, 09:59
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À propos de l'événement

Semaine 27 : Genre brut

Passer sa porte, ce n'était pas errer dans un monde marginal, c'était franchir le seuil d'un autre monde, écrivait Pierre Bourgeade à propos de Pierre Molinier, figure majeure de ces troubles de l’identité qui sont un des marqueurs de l’histoire de l’art moderne en France.

En effet, ce que l’on nomme par ailleurs la politique des auteurs naît bien de ce regard critique extérieur qui permet à l’artiste de donner libre cours à sa nécessité intérieure, car ce qui produit la gêne et organise la résistance face à la pensée plurielle, ce n’est que la peur de perdre le nord, la main chaude de maman, ou d’apprendre que papa est plusieurs, comme le proclamait Li-Pafoal (le pas fou, en nissart), un des alter ego que s’était inventé, en cette fin des années 1980, l’artiste membre fondateur de Support(s)/Surface(s) Noël Dolla afin, justement, de pouvoir se réinventer.

Je est un autre, affirmait Rimbaud, tandis que Gustave Flaubert prétendait Madame Bovary, c’est moi et que les étudiants placardèrent en plein mai 1968, en soutien à Daniel Cohn-Bendit, interdit de revenir en France au beau milieu des événements Nous sommes tous des juifs allemands. Cette histoire de l’altérité intérieure, de la présence d’un autre contenu dans soi-même a beaucoup à voir, sans doute, avec ces phénomènes comme le fétichisme, le voyeurisme, le travestissement, bref cet autre monde évoqué par Bourgeade, celui de l'auto-érotisme, des jeux de la personnalité, de l'espace domestique comme théâtre des fantasmes les plus intimes. Toutes les variations y sont envisageables, les rôles n'y sont pas figés comme au-dehors; dans la pénombre relative du foyer, la réalité peut renvoyer des reflets pleins de surprises. Pierre Molinier, bien sûr, est un pilier de cette aventure de l'autre monde, précurseur de cet art corporel qui est si essentiel qu’il constitue une part majeure de ce que, à la suite de Jean Dubuffet, on nomme l’Art Brut, et plus spécifiquement de son versant photographique.

Cette part de la collection de référence constituée par le spécialiste Bruno Decharme qui a d’ailleurs fait récemment l’objet d’une double exposition, inaugurée en 2019 aux Rencontres de la Photographie d’Arles, dont le magnifique ouvrage Photo-Brut, publié par Flammarion, rend compte, s’ouvre ainsi par un chapitre intitulé Affaires privées qui réunit plusieurs artistes anonymes, mais aussi Morton Bartlett ou Miroslav Tichý. À leur propos, l’historien de la photographie Brian Wallis écrit: Contrairement aux patients placés en institution que Dubuffet recherchait, ces artistes bruts qui utilisaient la photographie n’étaient pas tant des déviants ou des marginaux que des amateurs; ils ont intelligemment adopté diverses formes de la photographie populaire ainsi que le collage issu des médias de masse pour exprimer leurs idées personnelles sur le genre et la sexualité. Pourtant, en utilisant de façon répétitive des images similaires de sexualité et de désir, leurs œuvres désignent inévitablement les interstices, les espaces intermédiaires et l’invisible comme les métaphores les plus justes d’une satisfaction sexuelle constamment différée.

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