Expositions

jeu. 03 juin | Loeve&Co

Loeve&Co: Muzo/Bizarre

Loeve&Co: Muzo/Bizarre

Heure et lieu

03 juin à 14:00 – 17 juil. à 19:00
Loeve&Co, 15 Rue des Beaux Arts, 75006 Paris, France

À propos de l'événement

Publiée entre 1953 et 1968 par deux des éditeurs les plus téméraires de leur temps, Éric Losfeld puis Jean-Jacques Pauvert, la revue Bizarre est parvenue à demeurer à la hauteur de son titre, naviguant librement entre surréalisme et ‘Pataphysique.

Communiqué de presse disponible ICI.

Visuels HD pour la presse sur demande par email à and@loeveandco.com.

Dès son numéro 2 (novembre 1953), dévolu au dessinateur Grandville (1803-1847), Bizarre est aussi une revue grande ouverte aux illustrateurs, certains célèbres mais oubliés, d’autres inconnus. La part réservée aux dessins d’humour, aux collages, aux reportages photographiques, aux photogrammes hors-texte, ira croissant au fil des numéros, certains d’entre eux étant entièrement composés d’illustrations à l’instar des mythiques Dessins inavouables de 1960.

Jean-Jacques Pauvert explique ainsi dans ses mémoires la part croissante du dessin d’humour dans Bizarre: Les dessinateurs que nous révélions depuis Siné renouvelaient le genre […] Début 1960 déjà, nous avions publié coup sur coup deux numéros: Dessins inavouables et Supplément aux dessins inavouable. Fort bien présentés par Michel Laclos, ils rassemblaient les dessins refusés par la presse française, encore bien conventionnelle. Folon, Chaval, Gébé, Topor, Cardon, Le Foll, Siné bien sûr, Maurice Henry, Trez, Mose, André François (je ne peux pas les citer tous), y installaient le dessin d’humour moderne. C’était le début d’une époque…

L’influence du grand surréaliste Maurice Henry, qui publia à lui seul 25 000 dessins dans 150 journaux (et signa la couverture du premier numéro de Bizarre époque Pauvert), est majeure. Sous l’impulsion de celui qui fut également le premier gagman du cinéma français, la caricature s’orienta vers des voies imprévues, l’absurde et le saugrenu firent leur entrée tandis que l’humour noir, privilège jusqu’alors essentiellement littéraire, envahit graphiquement les pages de la revue. Le dessin s’épure, s’intellectualise, et ne s’interdit plus aucun sujet, fut-il scabreux voire réputé intouchable.

Parmi les nouveaux thèmes privilégiés par la joyeuse équipe des dessinateurs de Bizarre, Laclos lui-même relève l’armée, ses troupes moutonnières (Bosc) et sa connerie majuscule (Siné), la religion, les infirmes… À ces thèmes anciennement proscrits s’ajoutent quelques répréhensibles exemples de remise en cause par le dessin d’humour de la haute et noble opinion que l’homme a de lui-même et de ses activités, c’est-à-dire le Suicide, le Repos éternel, l’Amour, le Mariage, la Famille, l’Art, la Justice, etc.

Si cette exposition réunit la plupart des immenses dessinateurs d’humour emblématiques de l’aventure Bizarre, elle se place dans une perspective résolument actuelle, en écho à la place grandissante de ces créateurs dans le paysage des pratiques contemporaines. Avec la complicité de Muzo, né en 1960, dont elle présente des peintures et des œuvres graphiques, l’exposition dépasse ses bornes chronologiques pour affirmer l’actualité d’une revue d’avant-garde populaire, sérieuse et foutraque, irrévérencieuse jusqu’à l’autodérision, qui prouve que non seulement l’on peut, mais l’on doit rire de tout. Remarqué au tout début des années 1980 grâce au Journal de Placid et Muzo, fanzine qu’il conçoit avec Jean-François Duval (Placid) dans la foulée des groupes Bazooka et Elles sont de sortie (Pascal Doury et Bruno Richard), et à ses collaborations à Libération ou Hara Kiri, Muzo est un dessinateur virtuose et acide, dont la mine peut aborder avec une délicate rudesse improbable et acrobatique tous les thèmes ou univers, pour enfants comme pour adultes.

[Pour en savoir plus sur cette aventure intellectuelle et éditoriale hors du commun, on se reportera avec intérêt au florilège rassemblé en 2009 par Jean-Marie Lhôte aux éditions Berg sous le titre Bizarre. Anthologie 1953-1968, et à l’article publié par Emmanuel Dreux sur le sujet dans La Revue des revues en 2013]