Expositions

lun. 28 juin | https://www.loveandcollect.com

Love&Collect: Chimères

Love&Collect: Soixante-quatrième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes
Love&Collect: Chimères

Heure et lieu

28 juin, 10:00 – 03 juil., 09:59
https://www.loveandcollect.com

À propos de l'événement

Semaine 64: Chimères

En 2003, le conservateur Didier Ottinger, spécialiste du Surréalisme, organise à Monaco une exposition mémorable… Sous le titre Chimères, monstres et merveilles, de la mythologie aux biotechnologies, celle-ci ambitionne de montrer la dimension universelle et atemporelle des créatures hybrides que sont les chimères, qui, nées dans l’Antiquité, hantent les œuvres du Moyen Âge et de la Renaissance, et irriguent l’art moderne et contemporain, du Symbolisme au Surréalisme, et jusqu’à l’art technologique.

Retrouvez les œuvres de la semaine tous les jours du lundi au vendredi, à 10h en cliquant sur ce lien.

Application du célèbre principe alchimique Un élément connu plus un élément connu égale un élément inconnu au monde du vivant, animal ou humain, la chimère apparaît dans la mythologie grecque, sous les traits d’une créature fantastique malfaisante dont le corps tenait pour moitié du lion et pour l'autre moitié de la chèvre, et qui était dotée d’une queue d'un serpent. Par la suite, Le nom de chimère a désigné toutes les bêtes fantastiques qui partageaient avec cette créature mythologique le caractère composite bizarre.

Pour les artistes, la représentation des chimères a toujours ouvert un vaste champ imaginaire et formel, jamais démenti depuis la découverte, en 1553 en Toscane, de La Chimère d’Arezzo, une statue étrusque en bronze réalisée au cours du quatrième siècle avant notre ère, figurant avec un réalisme troublant l’être mythique, monstre à trois têtes avec une gueule de lion, une tête de chèvre qui jaillit sur son dos et une tête de serpent au bout de sa queue.

La place de la chimère dans l’art occidental est paradoxale par nature: vouée à figurer l’ennemi, le mal, en opposition au bien et au beau que l’artiste se doit de rechercher, elle libère son imagination, et lui offre un champ inouï de représentations nouvelles. Ainsi, dès le Moyen Âge, des chimères apocalyptiques terrifiantes colonisent les manuscrits enluminés, les décors des églises romanes et les programmes décoratifs gothiques. Cette peinture de diablerie, visant à effrayer et donc éduquer le commun des mortels, stimule la créativité des artistes, alors considérés comme des artisans.

Les artistes de la Renaissance ne feront pas table rase de cet héritage médiéval, mais se tourneront vers l’Antiquité pour revivifier leur propre symbolique chimérique. Au nord de l’Europe, les peintres flamands ou germaniques privilégient les représentations de l’être humain se métamorphosant sans limite au contact du péché et de la perversion, tandis qu’au sud, en Italie, les artistes fixent des règles à l’invention des nouvelles chimères: tout est possible si l’on s’inspire de la nature; l’analogie entre les espèces toujours doit guider l’hybridation plastique.

C’est à la fin du XVIème siècle que le mot chimère devient commun, ainsi défini par le Littré: une imagination vaine, que l’on a tendance à considérer comme la réalité. Dès lors, l’époque moderne peut en user contre la pensée rationaliste, classificatrice et bornée par les lois scientifiques, et stimuler l’imagination par le recours aux rêves. Gustave Moreau ou Odilon Redon peuvent ouvrir la voie au Surréalisme, ce dernier allant jusqu’à proclamer: Toute mon originalité consiste donc à faire vivre humainement des êtres invraisemblables selon les lois du vraisemblable, en mettant, autant que possible, la logique du visible au service de l’invisible.

La chimère devient naturellement l’emblème même du Surréalisme, jusqu’à la systématisation de l’écriture automatique ou du jeu graphique dit du Cadavre exquis, qui placent le chimérique et l’esthétique de la greffe au premier rang des outils de libération de l’inconscient, et renvoient à l’ébullition de la créativité, sous la forme d’hybridation mêlant le végétal, le minéral et le vivant. Comme le résume le poète et critique Alain Jouffroy (à propos de la peinture de Victor Brauner): la chimère, si l’on veut, symbolise l’âme, mais l’âme incarnée, l’âme vivante et pantelante qui espère et qui souffre en nous.

Aussi le Surréalisme irrigue-t-il logiquement cette nouvelle semaine consacrée aux Chimères… depuis le grand illustrateur Grandville, qu’André Breton ne manquait jamais de placer au Panthéon des précurseurs du mouvement, jusqu’à Jean-Claude Silbermann, qui est le dernier surréaliste historique encore vivant, en passant Erró, Dietman ou Topor qui, s’ils n’ont jamais fait allégeance au Surréalisme, parce qu’ils étaient trop jeunes et, surtout, rétifs à tout embrigadement, doivent tant à cet humour noir que Breton, pince-sans-rire paradoxal, définit lui-même comme une chimère, et même une chimère de chimère, une chimère au carré… car selon lui, l’humour noir n’est autre que la synthèse dialectique de l’humour objectif et du hasard objectif. Quand l’humour objectif découvre dans le hasard objectif une manifestation exaltante et déroutante du monde extérieur qui génère une contradiction, pour la surmonter, conformément aux enseignements de Freud sur l’humour, un mécanisme de défense se met en place qui préserve l’invulnérabilité du Moi. Breton conclut ainsi que le sphinx noir de l’humour objectif ne pouvait manquer de rencontrer, sur la route qui poudroie, le sphinx blanc du hasard objectif.

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