Expositions

lun. 31 mai | https://www.loveandcollect.com

Love&Collect: Figures Libres

Love&Collect: Soixante-et-unième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes
Love&Collect: Figures Libres

Heure et lieu

31 mai à 10:00 – 04 juin à 14:00
https://www.loveandcollect.com

À propos de l'événement

Semaine 60: Figures Libres

L’art partage avec le patinage sur glace plus qu’on pourrait le croire. D’ailleurs, ne parle-t-on pas précisément de patinage artistique? Lorsque nous étions enfants, la discipline occupait une place considérable dans les programmes télévisés (le patinage, bien sûr, pas l’art). Nous apprenions à confronter nos jugements à ceux des critiques professionnels, dont les verdicts nous apparaissaient parfois obéir à des considérations qui demeuraient obstinément inaccessibles. Parmi ceux-là, les fameux juges bulgares sont passés à la postérité; la romancière Emmanuèle Bernheim, par exemple, les érigeaient en arbitres indépassables – mais abscons – des élégances bacchiques…

Les concours de patinage télévisés comprenaient alors plusieurs épreuves, dont l’une apparaissait particulièrement ennuyeuse à nos yeux d’enfants. Les figures imposées, ou figure skating, consistaient en une fastidieuse série de figures complexes, que le patineur devait de surcroît enchaîner dans un ordre prédéfini. Nulle improvisation, nulle sensibilité, nulle interprétation, ces figures de l’ennui, sorte de degré zéro du spectacle sportif télévisuel, valaient à l’athlète une note comptant alors pour 60% du score total de la compétition. Progressivement cette proportion a été réduite, puis finalement, les figures imposées, considérées comme laborieuses et trop difficiles, ont été abandonnées en 1990 au profit des programmes libres, plus populaires.

Retrouvez les œuvres de la semaine tous les jours du lundi au vendredi, à 10h en cliquant sur ce lien.

En quelques semaines, les figures libres de Jean-Charles Blais, Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas et Hervé Di Rosa (exposés rue Fondary en même temps que  Jean-Michel Alberola, Jean-François Maurige et Catherine Viollet) renvoient les figures imposéesde Support(s)/Surface(s) et du post-minimalisme au rayon des accessoires…

Libre… dès son appellation, le nouveau mouvement hissait la couleur: dans un contexte de prééminence d’un art jugé par trop sérieux, il s’agissait de figurer avant de créer du sens, dans une liberté totale, sans frontière, sans tabou et sans hiérarchie entre les formes d’art et de culture.

À l’instar du mouvement Punk, autour duquel Combas et les frères Di Rosa tissèrent leurs premiers liens, la Figuration libre, porteuse de révolte contre les valeurs et les hiérarchies établies, privilégie l'expression brute et spontanée synonyme de liberté de création maximum. Elle est, selon les mots de Robert Combas, une peinture qui ne renie (ni) ses instincts primitifs (ni) une volonté de culture. Cette liberté créatrice s’exprime tant par la forme et le traitement que par les sujets qui traitent sans faux-semblant de notre société, de la violence, de la sexualité, de la souffrance des gens, de leurs petits bonheurs, de leur petitesse et de leur grandeur...

Faire entrer Mickey dans l'art contemporain: il est arrivé à Bernard Lamarche-Vadel de résumer ainsi son ambition en organisant l'exposition Finir en beauté, dont le critique Richard Leydier soutient que, dans le mythe de l’histoire de l’art, elle compte autant que Quand les attitudes deviennent formes, la légendaire manifestation imaginée par le critique Harald Szeemann en 1969 à la Kunsthalle de Berne. Dans le parcours brillant de l’alors jeune critique Bernard Lamarche-Vadel, Finir en beauté avait de quoi surprendre, en effet, émanant de celui qui, né en 1949, est alors séducteur et sûr de lui, auréolé de son action efficace en faveur d'une certaine abstraction analytique qui a dominé l'art en France tout au long des années 70, et rédacteur en chef de la meilleure revue du moment, Artistes. Inutile de préciser que les Martin Barré, Degottex, Dolla, Mosset, Pincemin, qui étaient alors ses compagnons de route, ne se retrouveront que fort peu dans l'accrochage du loft de la rue Fondary, saturé de couleurs acides et criardes, et de références survitaminées à la culture populaire et à la musique Punk!

Dans le parcours intellectuel et artistique de Bernard Lamarche-Vadel, Finir en beautéest à la fois un accident, un sommet, un paradigme et une malédiction. Un accident, car les artistes qui y figuraient n'ont jamais vraiment fait partie des artistes défendus par Lamarche-Vadel. S'il leur est resté fidèle à sa manière (prononçant par exemple un très émouvant éloge funèbre à l'enterrement de Rémi Blanchard en 1993) il n'a quasiment jamais écrit sur leurs travaux, et ne les a plus guère exposés. Mais Finir en beauté demeure aussi un sommet de la vie de critique d'art de Bernard Lamarche-Vadel, car son impact sur la vie et le marché de l'art français a été considérable. Pendant le mois de l'exposition tous les marchands parisiens se sont succédé rue Fondary, et on a rapidement retrouvé les artistes sur les cimaises des galeries les plus actives de l'époque, Beaubourg, Templon, Lambert, Cadot, etc, puis à l'étranger, chez Leo Castelli, Tony Shafrazi, Bischofberger... Ce fut aussi un paradigme, en ce sens que toute la puissance destructrice et autodestructrice de Lamarche-Vadel s'y exprimaient pour la première fois. J'ai le privilège sur beaucoup d'attirer spontanément le soupçon sur ma personne: cette profession de foi est à coup sûr née là, et ne l'a plus quitté... Cependant Finir en beauté a aussi été pour le critique une forme de malédiction, puisque le succès de cette exposition a durablement occulté dans l'esprit du public et de nombreux professionnels son action sans équivalent pour certains des plus grands artistes de notre temps, comme Beuys, Gasiorowski, Dietman, Morley, Sanejouand ou Jean-Luc Mylayne.

En 2009, le Musée d'art moderne de la ville de Paris lui rendait un hommage mérité, avec une grande exposition Dans l'œil du critique - Bernard Lamarche-Vadel et les artistes qui permettait de rappeler qu'avant de devenir un grand écrivain (avec ses romans Vétérinaires, Tout casse et Sa vie son œuvre), Lamarche-Vadel fut sans nul doute le plus perspicace critique d'art en France, à la suite de Pierre Restany.

Vingt-et-un ans après qu’il ait choisi de s’éclipser, quarante ans après Finir en beauté (dont pas grand monde, semble-t-il, se préoccupe de fêter l’anniversaire), son aspiration éperdue à la liberté résonne en nous; avec lui, nous songeons à l’art avec l’intention d’en être bouleversés.

Suivez ce projet en temps réel sur Instagram et Twitter!

Pour toutes questions ou pour acheter l'oeuvre, merci d'envoyer un email à collect@loveandcollect.com

Les inscriptions sont closes