Expositions

lun. 12 avr. | https://www.loveandcollect.com

Love&Collect: Iolas le Grand (1)

Love&Collect: Cinquante-troisième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes
Love&Collect: Iolas le Grand (1)

Heure et lieu

12 avr. à 10:00
https://www.loveandcollect.com

À propos de l'événement

Semaine 53: Iolas le Grand

Quand nous avons ouvert notre galerie du 15 rue des Beaux-Arts, il y a un peu plus de deux ans, il nous est apparu clairement que le choix de Saint-Germain-des-Prés était celui d’une certaine histoire vivante, d’un continuum d’aventures artistiques marqué par d’immenses figures à l’ombre desquelles nous entendions nous placer.

Retrouvez les œuvres de la semaine tous les jours du lundi au vendredi, à 10h en cliquant sur ce lien.

C’est pourquoi nous avions intitulé notre première exposition Chez Iris et Jeannine, rendant hommage de manière manifeste à Iris Clert et Jeannine de Goldschmidt, ces grandes galeristes du quartier qui avaient été des actrices à part entière du tourbillon artistique des années 1960 à Paris, dont tant demeure à (re)découvrir. C’était une époque où les galeristes ne sortaient par d’écoles de commerce, ou de la finance, mais où le virus de l’art, contracté au hasard d’une rencontre, le plus souvent, poussait tel ancien tailleur de costumes, tel représentant de pneumatiques en Algérie, telle ancienne modèle, à se demander (pour reprendre les mots du poète Marcel Broodthaers, devenu artiste sur le tard) s’il ne serait pas temps de vendre quelque chose et réussir dans la vie.

Si les rues de Seine, des Beaux-Arts, Mazarine, Jacques Callot, Visconti et Guénégaud étaient déjà l’épicentre d’une vie artistique de quartier, inséparable des bistrots qui quadrillaient ce quadrilatère, le boulevard Saint-Germain, déjà, se donnait des airs aristocratiques, et regroupait une poignée de galeries à la fois d’avant-garde et cotées; entre la rue du Bac et le Flore s’étalait le royaume de quelques galeristes mythiques, pionniers flamboyants d’un art de vivre l’art, ambassadeurs et éditeurs d’artistes auxquels leurs noms sont attachés à jamais: Jean-Robert Arnaud, Bernard Gheerbrant (La Hune), Claude Givaudan, Denise René…

C’est dans cet écosystème, au 196 du boulevard Saint-Germain, qu’Alexandre Iolas inaugure en 1964, afin de montrer les grands surréalistes, qu’il a déjà défendus à New York au sein de la Hugo Gallery, renommée en 1955 après en avoir pris la tête seul, Victor Brauner, Max Ernst, Roberto Matta, René Magritte… mais aussi une nouvelle génération d’artistes français prometteurs, émergés dans la foulée du Nouveau Réalisme, comme les Lalanne, Martial Raysse, Niki de Saint Phalle ou Jean Tinguely. Rapidement, sa galerie s’impose parmi les plus expérimentales, n’hésitant pas à se transformer totalement pour proposer des environnements qui déboussolent le spectateur, malgré les dimensions réduites de l’espace de la galerie. En 1968 par exemple, le quotidien Le Monde, sous la plume de Jacques Michel, témoigne de l’impact causé par la première exposition parisienne de l’italien Pino Pascali, révélation de la toute jeune Arte Povera: Impossible d'entrer galerie Iolas: les œuvres exposées recouvrent le sol comme le mur avec des sculptures-environnement; ce n'est pas le spectateur qui tourne autour de l'œuvre, mais elle qui vous enveloppe...

Si les expositions organisées par Alexandre Iolas exigent souvent du visiteur qu’il se livre à une véritable chorégraphie dans l’espace, c’est peut-être dû après tout au passé de danseur du maître des lieux. Né en 1908, Iolas s’appelle Konstantinos Koutsidis, et aurait confié avoir emprunté son pseudonyme au sommelier et ami d’Alexandre le Grand, Iollas qui, selon la rumeur, l’aurait empoisonné. Formé à la musique et à la danse, il effectue, jeune, ses débuts à Salzburg, pratiquement nu dans le rôle du fantôme d'Achille dans Orphée et Eurydice de Glück, puis intègre la Theodora Roosevelt Company avant de rejoindre les ballets du Marquis de Cuevas. Au début des années 1940, installé aux États-Unis, il danse notamment au Metropolitan Opera de New York, avec George Balanchine. Mais en 1944, après une blessure au pied, il doit abandonner sa carrière de danseur, et se tourne vers l’art; en 1946 il intègre l’équipe de la galerie Hugo, sur la proposition de la femme d’affaires Elizabeth Arden, cofondatrice de l’enseigne avec Robert Rothschild et Maria dei Principi Ruspoli Hugo, descendante du poète, et organise notamment la toute première exposition consacrée à Andy Warhol, rassemblant quinze dessins basés sur les écrits de Truman Capote, du 16 juin au 3 juillet 1952.

En 2014, la Paul Kasmin Gallery de New York a consacré une exposition éblouissante à la trajectoire artistique d’Alexandre Iolas. Intitulée Alexander the Great: The Iolas Gallery 1955-1987, organisée avec la collaboration des commissaires d’exposition Adrian Dannatt et Vincent Fremont, l’exposition s’efforçait de faire revivre, outre les engagements artistiques de Iolas pour plusieurs générations d’artistes de premier plan, la personnalité unique de ce galeriste hors normes, dont le charme irrésistible et souvent espiègle est devenu légendaire, qui savait éblouir sa clientèle par sa personnalité flamboyante et son mode vestimentaire souvent sensationnel, contribuant à construire certaines des plus grandes collections du vingtième siècle, à commencer par celle de Dominique et John de Menil (conservée à Houston), à la famille desquels appartenait par ailleurs Bénédicte Pesle, incontournable directrice de la galerie parisienne d’Alexandre Iolas, discrète mais décisive introductrice de la musique minimaliste et de la danse contemporaine en France, à travers notamment le Festival d’Automne.

Rendant compte de cette exposition-hommage, le New York Times, sous la plume d’Ann Binlot, titrait en grand sur le galeriste qui a changé l’art pour toujours, rappelant d’emblée certains des plus grands titres de gloire de l’ancien danseur: De nos jours, les marchands d'art sont devenus presque aussi importants que les artistes dont ils gèrent la carrière. Mais un seul d'entre eux, Alexander Iolas, peut être crédité d'avoir organisé la première et la dernière exposition d'Andy Warhol dans une galerie de son vivant, d'avoir fait connaître le surréalisme aux États-Unis et d'avoir fait découvrir Ed Ruscha à la côte Est. Contrairement aux contemporains d'Iolas – parmi lesquels Ileana Sonnabend, Leo Castelli et Bruno Bischofberger – la postérité de Iolas a presque été éclipsée après qu'il ait succombé au sida en 1987 à l'âge de 80 ans, mais une nouvelle exposition change la donne.

Pour saluer une telle personnalité, cinq œuvres auraient été trop courtes. C’est pourquoi, pour la première fois (et alors que nous venons de boucler la 52èmesemaine de Love&Collect) nous nous étendrons sur deux semaines, afin d’explorer quelques lignes de force principales de la relation du flamboyant Iolas le Grand à l’art de son temps.

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