Expositions

lun. 08 mars | https://www.instagram.com/loveandcollect/

Love&Collect: La cuisine du peintre

Love&Collect: Quarante-huitième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes

Heure et lieu

08 mars à 09:59
https://www.instagram.com/loveandcollect/

À propos de l'événement

Semaine 48: La cuisine du peintre

Pour deux peintres, parler cuisine signifie s’échanger des recettes picturales, parler métier, en somme. Pour naturelle qu’elle paraisse, cette analogie entre peinture et cuisine est plus profonde qu’on pourrait le croire. Il y aurait tout à chapitre à ouvrir sur les liens entre art et cuisine – on y croiserait, pour l’époque contemporaine, le Nouveau Réaliste Daniel Spoerri, qui a tant œuvré dans et pour le Eat Art, parfois en invitant l’artiste Dorothée Selz à officier. Celle-ci se remémore: À l’époque, peu de revues ou de critiques d’art s’intéressaient aux liens entre l’art et la nourriture, à part Pierre Restany qui fut l’un des premiers à écrire sur le sujet. Daniel Spoerri réalisait des éditions d’œuvres d’artistes comestibles. Je me souviens qu’il avait fait un Pouce de César en bonbon. Cela nous a forcés à reconsidérer ce que nous appelions les arts visuels. Les œuvres d’art sont-elles vouées à vivre indéfiniment? Comme avec le happening, l’avènement du Eat Art a bousculé cette idée pour mettre en avant celle de l’éphémère et du geste quotidien.

C’est bien cette question du geste qui est au centre de cette nouvelle semaine, et plus précisément l’analogie entre le geste du peintre et celui du cuisinier, dans l’idée d’une transmission exigeante, d’un champ créatif où l’apprentissage de la tradition est indissociable de la transgression et de la novation.

Dans ses Mémoires, le peintre Giorgio De Chirico livre une anecdote éclairante, sur laquelle ce tenant du métier traditionnel est souvent revenu. Elle concerne ses débuts de peintre, encore enfant, en Grèce, où il découvre cette fameuse cuisine... J’avais décidé de peindre une nature morte, j’avais choisi trois citrons, raconte-t-il. J’avais entendu parler de peinture à l’huile et je pensais que cette peinture se faisait avec de l’huile. Alors j’ai pris de l’huile d’olive qu’il y avait dans la salle à manger. Mais l’huile d’olive a cette propriété: elle ne sèche jamais. Au bout de trois mois, le jaune de ces citrons restait sur les doigts quand on touchait la toile. Alors j’ai demandé à un peintre, un vieux monsieur spécialiste de peinture de marine, qui enseignait quelquefois, et qui m’a parlé de l’huile de lin.

La dimension alchimique de la peinture est consubstantielle à sa naissance; en effet, les pigments ne sont pas applicables directement sur un support (même si Yves Klein s’en est approché). Aussi, pour assurer son adhérence, ils doivent au préalable être dispersés dans une substance (le liant) afin de maintenir en suspension les particules en évitant toute agglomération. À l’ère paléolithique, les liants employés pouvaient être de l’huile végétale, déjà, mais plus couramment de la graisse animale, du sang, de l’urine, du crachat... Le portrait du peintre en alchimiste parcourt toute l’histoire de l’art. Ainsi, Giorgio Vasari écrit-il en 1550, à propos du créateur de la peinture à l’huile Jan Van Eyck: Ce fut une belle invention et une grande commodité pour l’art de la peinture d’avoir découvert le coloris à l’huile. Le premier inventeur en fut Jean de Bruges... Il chercha diverses sortes de couleurs, étant très amateur d’alchimie et distillant continuellement des huiles pour composer des vernis et différentes sortes de choses, comme cela arrive fréquemment aux personnes imaginatives. Dans une conversation avec le conservateur Didier Ottinger, spécialiste du Surréalisme, et notamment de Chirico, Magritte et Picabia, l’artiste Philippe Mayaux établit un parallèle direct entre les trois disciplines: Un élément connu plus un élément connu égale un élément inconnu, c’est la base de la cuisine, mais aussi une métaphore de l’art.

Alchimie, cuisine et peinture sont intimement liées par une notion centrale: la transmutation, ce changement spontané ou provoqué d’une substance en une autre.

Quel cuisinier, ou quel peintre, ne se reconnaîtrait dans l’axiome énoncé par Paul Valéry, en 1936 dans Variété: Ainsi, des affections de l’âme, des loisirs et des rêves, l’esprit fait des valeurs supérieures; il est une véritable pierre philosophale, un agent de transmutation de toutes choses matérielles ou mentales.

Comme le cuisinier, le peintre apprend à utiliser tous les outils, avant de les détourner, d’en découvrir de nouveaux usages, parfois grâce à l’intervention du hasard, voire est contraint d’en inventer d’inédits, afin d’accompagner sa quête d’un art réellement neuf: Max Ernst ou Jackson Pollock peignent directement avec la pâte sortie du tube, ce dernier substitue au pinceau une simple baguette de bois, ou laisse la peinture couler d’un seau dont le fond est percé, Yves Klein peint au lance flammes, ou par anthropométrie, avec des femmes- pinceaux, Brice Marden peint avec des branches d’arbre, Jean Tinguely invente des machines à peindre, Niki de Saint Phalle perce des poches de peinture à la carabine, Olivier Debré détourne le balai en un gigantesque pinceau, et Hans Hartung la sulfateuse...

L’atelier est une cuisine, les pinceaux des ustensiles, la peinture un appareil... cette semaine nous visitons la cuisine du peintre, pour en percer à jour les tours-de-mains!

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