Expositions

lun. 11 janv. | https://www.instagram.com/loveandcollect/

Love&Collect: Le Monde, un Tableau

Love&Collect: Quarantième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes

Heure et lieu

11 janv. à 09:59
https://www.instagram.com/loveandcollect/

À propos de l'événement

Semaine 40: Le Monde, un Tableau

Alors que nous étions loin d’imaginer les bouleversements qui s’annonçaient, notre troisième semaine de Love&Collect était déjà consacrée, en avril dernier, au Nouveau Réalisme, dont les protagonistes ont bercé notre adolescence, et étaient déjà à l’honneur de l’exposition inaugurale de notre galerie, dédiée à deux grandes galeristes-clés de ce mouvement si déterminant.

Le Monde, un Tableau est une expression empruntée au grand critique Pierre Restany, qui a eu l’intuition que les jeunes artistes qui suscitaient son admiration, en ce tout début des années 1960, avaient pris la rue comme atelier, et ne se contentaient plus de dépeindre leur environnement, mais prétendaient se l’approprier, sans filtre, afin de partager avec le public ces nouvelles approches perceptives du réel revendiquées dans le Manifeste du Nouveau Réalisme, l’un des plus laconiques de l’histoire de l’art, signé le 27 octobre 1960 dans l’atelier d’Yves Klein sous l’impulsion de Pierre Restany.

Au fond, comme pour les protagonistes du mouvement strictement contemporain Fluxus, il s’agit pour les Nouveaux Réalistes de rapprocher l’art de la vie, et même plus précisément de doter l’art du mouvement propre à la vie. La vie est intense en moi, proclame le sculpteur Jean Tinguely… Même lorsque leurs chemins auront bifurqué, les Nouveaux Réalistes demeureront tous attachés à cette vitalité: ainsi le renégat Martial Raysse justifie son retour à la peinture figurative par un élan très vital, proclamant son désir de mieux regarder les filles, les fruits, les fleurs.

En 1961, Restany organise l’exposition fondatrice À 40° au-dessus de Dada chez sa compagne Jeannine de Godschmidt, à la Galerie J, en plein Saint-Germain des Prés (galeriste d’exception, ancien bras droit du grand René Drouin, dont nous avons salué la mémoire en même temps que celle d’Iris Clert dans notre exposition inaugurale, Chez Iris et Jeannine. Ouvrir une galerie rue des Beaux-Arts, en effet, c’était faire le choix de se placer dans une certaine histoire, largement écrite par de fortes figures féminines…).

Sans Martial Raysse, mais incluant Mimmo Rotella, le groupe de À 40° au-dessus de Dada comprend également Arman, César, François Dufrêne, Raymond Hains, Yves Klein, Daniel Spoerri, Jean Tinguely et Jacques Villeglé. Accompagnant le carton d’invitation, un texte lyrique de Pierre Restany entreprend de préciser la définition de ce Nouveau Réalisme qui entend marquer une rupture complète avec l’abstraction triomphante de la seconde école de Paris, qualifiée de flot bourbeux des recettes et des styles, de l’informel du nuagisme. Restany congédie purement et simplement la peinture de chevalet et la conception classique de la sculpture, pointant un phénomène généralisé d’épuisement et de sclérose de tous les vocabulaires établis dans lesquels il dénonce l’abondance de redites stylistiques et d’académismes rédhibitoires!.

La charge est sévère, et l’ambition des Nouveaux Réalistes s’expose sans fard. Pierre Restany annonce, en ce tout début de la décennie 1960, la passionnante aventure du réel perçu en soi et non à travers le prisme de la transcription conceptuelle ou imaginative. Les moyens mis en œuvre par les artistes participant à l’exposition mêlent sociologie, conscience et hasard, et détonnent volontairement dans un paysage artistique parisien encore très traditionnel, allant de la ferraille compressée, du choix ou la lacération de l’affiche, de l’allure d’un objet, d’une ordure de ménage ou d’un déchet de salon, du déchaînement de l’affectivité mécanique, de la diffusion de la sensibilité chromatique au-delà des limites logiques de sa perception.

Fidèle à sa plume enlevée et superlative, Pierre Restany proclame, définitif: Les nouveaux réalistes considèrent le Monde comme un Tableau, le Grand Œuvre fondamental dont ils s’approprient des fragments dotés d’universelle signifiance. Décidément, à 40° degrés au-dessus de Dada, l’art a de la fièvre, mais une fièvre bienfaisante et salutaire: les Nouveaux Réalistes sont prêts à rendre l’École de Paris buissonnière…

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