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mer. 17 mars | https://www.instagram.com/loveandcollect/

Love&Collect: Minimal, et après? (1)

Love&Collect: Quarante-septième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
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Love&Collect: Minimal, et après? (1)

Heure et lieu

17 mars, 09:59
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À propos de l'événement

Semaine 47: Minimal, et après?

Pour la première fois nous dédions notre semaine au Minimalisme, et aurions pu l’intituler: Minimalistes de papier. Parce qu’elle regroupe un ensemble d’œuvres sur papier (dessins à l’encre ou collages, mais aussi une xylographie) d’artistes historiques de ce mouvement, ou se plaçant en écho à celui-ci. Mais également au sens de la répartie bien connue de Mao qui, dans une interview de 1956, qualifiait de tigres de papier ses ennemis de l’intérieur (Tchang Kaï-chek) comme de l’extérieur (les États-Unis), entendant par là, selon l’expression chinoise consacrée, qu’ils étaient en apparence menaçants, mais en réalité inoffensifs.

Pourtant, avatar protéiforme du modernisme, le Minimal Art américain a permis, dès 1965, de dépasser le coup de force de l’Expressionnisme abstrait pour imposer internationalement une esthétique purement américaine, urbaine, industrielle, rutilante, immaculée, d’une efficacité maximale. Héritiers du célèbre principe de l’architecte Mies Van der Rohe Less is more, mais aussi de Malevitch ou d’Ad Reinhardt, les peintres et sculpteurs Frank Stella, Donald Judd, Carl Andre, Robert Morris et Sol LeWitt étaient alors unis par une sobriété extrême qui ne constituait pas, selon eux, un but en elle-même. Leur travail et leur réflexion portaient avant tout sur la perception des objets et leur rapport à l’espace. Leurs œuvres étaient des révélateurs de l’espace environnant qu’elles incluaient comme un élément déterminant. Ne faisant qu’un avec l’espace – comme le dit Judd dans une approche très formaliste de l’univers environnant, les trois dimensions sont l’espace réel – ces œuvres insistaient sur la globalité des perceptions, rejoignant ainsi certaines thèses de la philosophie et de la psychologie modernes.

Pourquoi, dès lors, Minimalistes de papier? Parce que, si ce mouvement et ses représentants ont largement régné sur l’art des années 1960 et 1970, avec leurs alter egos de l’art conceptuel, ils n’ont jamais formé un contingent homogène (bien au contraire, ainsi que le rappelle l’historien Jacinto Lageira, leurs divergences étaient éclatantes: la littéralité et le rationalisme de Judd s'opposent à la quête spirituelle de Flavin, qui parle de ses néons comme de nouvelles icônes; le subjectivisme anti-idéel d'Andre va à l'encontre de l'objectivisme rigoureux de Judd; l'obsession de la forme dans l'espace chez Morris contredit le désintéressement de Sol LeWitt pour la réalisation matérielle de l'œuvre, puisque la préconception est l'essentiel de son travail. LeWitt considère comme esthétiquement plus important l'acte de conception et le processus intellectuel de construction de la pièce que son existence physique. Sa présence n'est pas nécessaire pour réaliser l'œuvre ou pour participer à l'installation: le fabricant peut simplement suivre des instructions écrites ou verbales, ou bien encore s'en tenir au schéma ou au dessin, s'il y en a un. Quant à Donald Judd, il suit attentivement l'usinage de ses pièces, leur pigmentation, leur luminosité, la texture du matériau). Plus encore: leur quête idéale d’un art déconnecté des sentiments était dès l’origine vouée à l’échec. En faisant le pari d’un art autocentré, basé sur des objets spécifiques, les artistes minimalistes avaient sous-estimé la puissance des sens, et surestimé celle de la théâtralité, qui ne saurait se confondre avec la vie elle-même.

Après l’époque héroïque, la plupart d’entre eux se sont ainsi progressivement abandonnés à la volupté des sensations, éprouvant au cœur même de leur art la force libératrice d’une liberté reconquise. À cet égard, la démarche d’un Robert Morris est exemplaire; comme le souligne le critique Matthieu Jacquet, en effet ce dernier a nourri le mouvement (de l’Art Minimal), puis l’a transformé jusqu’à s’en affranchir presque totalement, le conservateur Didier Ottinger attribuant pour sa part cette évolution à sa mélancolie, sa vision désabusée de l'histoire…

Cette semaine a été pensée comme un survol de cette histoire, en cinq stations comme à notre habitude, suffisantes pour explorer une histoire qui commencerait et se terminerait avec deux des représentants les plus éminents de l’Art Minimal, d’un dessin impeccablement austère de Robert Morris (1967) à une vibrante xylographie bigarrée de Sol LeWitt (1992), et passerait par des instants-clés, des éclairs décisifs comme une chorégraphe de Lucinda Childs, sur une partition écrite par Philip Glass pour célébrer le dalaï-lama, un bas-relief monolithe du californien John McCracken et une variation en sept gris subtilement colorés d’Alan Charlton.

Finalement, nous avons choisi d’intituler cette semaine: Minimal, et après? en nous souvenant du jugement émis par Sacha Guitry en 1947: Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. Alors, peut-être, la cacophonie (relative) qui a suivi l’Art Minimal était-elle encore une forme d’Art Minimal? Certainement, si l’on est prêt, avec le comédien et écrivain Édouard Baer, à considérer qu’Être dans sa vie, ce n’est pas juste dire tout ce que je fais, c’est ce que je voulais faire, c’est aussi assumer ce qu’on ne voulait pas faire

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