Expositions

lun. 07 juin | https://www.loveandcollect.com

Love&Collect: Muzo/Bizarre

Love&Collect: Soixante-et-unième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes
Love&Collect: Muzo/Bizarre

Heure et lieu

07 juin, 10:00 – 12 juin, 09:59
https://www.loveandcollect.com

À propos de l'événement

Semaine 61: Muzo/Bizarre

Enfin, nos galeries ont pu rouvrir… C’est pourquoi, une fois n’est pas coutume, nous avons choisi de faire coïncider notre thème hebdomadaire Love&Collect avec notre nouvelle exposition Loeve&Co (en espérant que vous suivez!). Sous le titre Muzo/Bizarre, celle-ci s’inscrit dans le prolongement de l’exposition Beat Re-Generation (feat. Jean-Michel Alberola) qui, du 23 janvier au 29 février 2020, a célébré l’esprit Beat en l’étendant dans le temps et dans l’espace, avec la complicité d’un de ses héritiers inattendus, qui témoignait de la vitalité de ce mouvement qui, pour appartenir à l’histoire, n’en reste pas moins très actuel.

Retrouvez les œuvres de la semaine tous les jours du lundi au vendredi, à 10h en cliquant sur ce lien.

Il en va de même pour cette exposition Bizarre… Alors que nous étions adolescents, découvrir cette revue (qui a cessé de paraître l’année de notre naissance), chez un bouquiniste ou dans une bibliothèque, nous a permis de nous sentir moins seuls…Il était donc possible de se passionner pour le Surréalisme et la ‘Pataphysique, révérer Raymond Roussel ou Rimbaud, tout en étant avides de créativité graphique et d’humour, et de mêler une insondable érudition à l’éclat de rire potache d’un Reiser ou d’un Siné, tout en goûtant la noirceur grimaçante d’un Chaval ou d’un Gourmelin.

Cet esprit profondément collectionneur, conjuguant curiosité et érudition, plaisir et découverte, méthode et vagabondage, nous inspire toujours autant, et n’a pas d’âge. C’est pourquoi, avec le concours actif de Muzo, un des plus brillants dessinateurs de ces dernières décennies, nous avons voulu cette exposition comme un parcours possible à l’intérieur de cette histoire, ou plus précisément de cette famille… Dans ce parcours, qui commence avec un des pères du dessin d’humour moderne, Grandville (à qui Bizarre, en son temps, a rendu hommage) le visiteur retrouve (presque) tous les grands noms qui ont rendu la curiosité de cette revue légendaire, Chaval, Folon, André François, Gourmelin, Maurice Henry, Sempé, Tetsu, Roland Topor, mais aussi certains autres, plus anciens comme Gus Bofa ou Grandville, ou de leurs contemporains, comme Savignac ou Saul Steinberg qui, par hasard, contrainte ou malchance, n’ont pas figuré dans ces pages mythiques – simple oubli que, à notre mesure, nous sommes heureux de réparer aujourd’hui…

Visible jusqu’au 17 juillet prochain, l’exposition montre l’intemporalité de l’esprit Bizarre, nom précisément choisi pour ce périodique irrégulier, publié entre 1953 et 1968 par deux des éditeurs les plus téméraires de leur temps, Éric Losfeld puis Jean-Jacques Pauvert.

Dès son numéro 2 (novembre 1953), dévolu donc à Grandville (1803-1847), Bizarre a aussi été une revue grande ouverte aux illustrateurs, certains célèbres mais oubliés, d’autres inconnus. La part réservée aux dessins d’humour, aux collages, aux reportages photographiques, aux photogrammes hors-texte, est allée croissant au fil des numéros, certains d’entre eux étant entièrement composés d’illustrations à l’instar des mythiques Dessins inavouables de 1960.

Jean-Jacques Pauvert explique ainsi dans ses mémoires la part croissante du dessin d’humour dans Bizarre : Les dessinateurs que nous révélions depuis Siné renouvelaient le genre […] Début 1960 déjà, nous avions publié coup sur coup deux numéros : Dessins inavouables et Supplément aux dessins inavouable. Fort bien présentés par Michel Laclos, ils rassemblaient les dessins refusés par la presse française, encore bien conventionnelle. Folon, Chaval, Gébé, Topor, Cardon, Le Foll, Siné bien sûr, Maurice Henry, Trez, Mose, André François (je ne peux pas les citer tous), y installaient le dessin d’humour moderne. C’était le début d’une époque…

L’influence du grand surréaliste Maurice Henry, qui publia à lui seul 25 000 dessins dans 150 journaux (et signa la couverture du premier numéro de Bizarre époque Pauvert), est majeure. Sous l’impulsion de celui qui fut également le premier gagman du cinéma français, la caricature s’orienta vers des voies imprévues, l’absurde et le saugrenu firent leur entrée tandis que l’humour noir, privilège jusqu’alors essentiellement littéraire, envahit graphiquement les pages de la revue. Le dessin s’épure, s’intellectualise, et ne s’interdit plus aucun sujet, fut-il scabreux voire réputé intouchable.

Parmi les nouveaux thèmes privilégiés par la joyeuse équipe des dessinateurs de Bizarre, Laclos lui-même relève l’armée, ses troupes moutonnières (Bosc) et sa connerie majuscule (Siné), la religion, les infirmes… À ces thèmes anciennement proscrits s’ajoutent quelques répréhensibles exemples de remise en cause par le dessin d’humour de la haute et noble opinion que l’homme a de lui-même et de ses activités, c’est-à-dire le Suicide, le Repos éternel, l’Amour, le Mariage, la Famille, l’Art, la Justice, etc.

Avec la complicité de Muzo, né en 1960, dont elle présente des peintures et des œuvres graphiques, l’exposition dépasse ses bornes chronologiques pour affirmer l’actualité d’une revue d’avant-garde populaire, sérieuse et foutraque, irrévérencieuse jusqu’à l’autodérision, qui prouve que non seulement l’on peut, mais l’on doit rire de tout. Remarqué au tout début des années 1980 grâce au Journal de Placid et Muzo, fanzine qu’il conçoit avec Jean-François Duval (Placid) dans la foulée des groupes Bazooka et Elles sont de sortie (Pascal Doury et Bruno Richard), et à ses collaborations à Libération ou Hara Kiri, Muzo est un dessinateur virtuose et acide, dont la mine peut aborder avec une délicate rudesse improbable et acrobatique tous les thèmes ou univers, pour enfants comme pour adultes.

[Pour en savoir plus sur cette aventure intellectuelle et éditoriale hors du commun, on se reportera avec intérêt au florilège rassemblé en 2009 par Jean-Marie Lhôte aux éditions Berg sous le titre Bizarre. Anthologie 1953-1968, et à l’article publié par Emmanuel Dreux sur le sujet dans La Revue des revuesen 2013]

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