Expositions

lun. 17 mai | https://www.loveandcollect.com

Love&Collect: Portraits de l'artiste

Love&Collect: Cinquante-huitième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
Les inscriptions sont closes
Love&Collect: Portraits de l'artiste

Heure et lieu

17 mai, 10:00 – 22 mai, 09:59
https://www.loveandcollect.com

À propos de l'événement

Semaine 58: Portrait de l'artiste

Achevé vers 1914, le Portrait de l’artiste en jeune homme de James Joyce est un livre fantôme, largement reconstruit sur les ruines d’un roman précédent, Stephen le héros, brûlé par l’auteur au cours d’une dispute conjugale. Comme une mise en abyme de cette renaissance, ce Portrait est celui de l’auteur lui-même, à travers son enfance et son adolescence, observation entomologique de sa mue en artiste. Rares sont les écrivains qui se sont ainsi confrontés au genre de l’autoportrait, au sens où l’on peut l’entendre en peinture ou en photographie. L’un d’eux – c’est tout sauf un hasard – est d’ailleurs l’œuvre d’un plasticien, Édouard Levé, qui publia en 2005 chez P.O.L. un Autoportrait écrit qui, comme il le précise lui-même, le présente en 1600 phrases sans solution de continuité.

Retrouvez les œuvres de la semaine tous les jours du lundi au vendredi, à 10h en cliquant sur ce lien.

Longtemps, les autoportraits de peintres ont été titrés Portrait(s) de l’artiste, introduisant une notion de distance entre le sujet et celui qui le brosse; ces portraits de soi-même, toujours, sont soigneusement posés, destinés à livrer à la postérité l’image du peintre tel qu’il souhaite apparaître à l’intérieur même de son œuvre, quand, comme Vélasquez, il ne s’y représente tout bonnement pas littéralement. Analysant Les Ménines, le philosophe Michel Foucault note d’emblée: Le peintre est légèrement en retrait du tableau, se figurant à côté de l'ouvrage auquel il travaille, comme si le peintre ne pouvait à la fois être vu sur le tableau où il est représenté et voir celui où il s'emploie à représenter quelque chose.

Pour cette nouvelle semaine, nous avons voulu explorer comment, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, les artistes ont prolongé cette tradition de l’autoportrait tout en la renouvelant en profondeur. À la suite d’un Marcel Duchamp jouant des reflets de son identité (en créant son alias Rrose Sélavy) et de son apparence (la fameuse Tonsure immortalisée par Man Ray), allant jusqu’à la résumer à une énigmatique silhouette, un profil – With my Tongue in my Cheek, 1959 – pour brouiller les pistes de la Figure de l’Artiste (avec un grand F et un grand A), moquer ceux qui se figent, s’arrêtent, sont bêtes comme des peintres

Cette vision mouvante de l’identité, naturellement, est au cœur même des démarches de Marcel Bascoulard ou Pierre Molinier, qui se sont livrés, de manière plus ou moins secrète (ou du moins invisible), pendant des décennies, au travestissement de cette figure de l’artiste, anticipant à bien des égards l’importance primordiale du rôle de l’artiste en tant qu’acteur et matériau de sa propre création, depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui que détaillait en 2018 une exposition de la Collection Pinault à la Punta della Dogana à Venise, sous le titre Dancing with Myself.

Les autres artistes réunis cette semaine ont, eux aussi, projeté leur image, leur corps, leur identité, dans leur œuvre selon des modalités singulières. Il en va ainsi du Nouveau Réaliste César qui, dans les années 1980, pour un Centaure en hommage à Picasso, prête ses traits à l’animal mythique, qu’il transforme en manifeste de sa vision de la sculpture au vingtième siècle (ses flancs emprisonnent notamment un avatar de la Statue de la Liberté). Plus tôt, dans les années 1970, il s’était déjà servi de son visage comme d’un masque, le dupliquant en pain (en écho au Eat Art de son complice Daniel Spoerri) ou, comme ici, en plastique thermoformé, à l’image d’une anodine silhouette de publicité sur le lieu de vente… Quant au peintre hyperréaliste et photographe Chuck Close, c’est en topographe qu’il aborde les visages – au premier rang desquels le sien propre – dont il livre la vérité nue, sans tricher, allant jusqu’à statuer: Je pense que le visage est une sorte de carte routière de la vie d'une personne. Paradoxalement, c’est également à travers le tracé de son propre visage que Mark Tobey s’affirme comme pionnier de l’expressionnisme abstrait américain. Formé à la calligraphie et aux religions orientales, Tobey n’envisage par l’homme comme coupé de ses créations – ou des autres créations – mais affirme au contraire, en adepte du Bahaïsme, sa foi en un continuum, tant du message que de ses messagers, convaincu que l’homme est comme une mine riche en pierres précieuses d’une valeur inestimable: Je crois que la peinture doit passer par les voies de la méditation plutôt que par les actions, revendique Tobey. Ce n'est qu'alors que l'on peut avoir une conversation avec une œuvre. Si je n’y décèle pas de richesse, il n'y a pas de communication possible.

Suivez ce projet en temps réel sur Instagram et Twitter!

Pour toutes questions ou pour acheter l'oeuvre, merci d'envoyer un email à collect@loveandcollect.com