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Love&Collect: Support(s)/Papier(s)

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Love&Collect: Support(s)/Papier(s)

Heure et lieu

18 janv., 09:59
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À propos de l'événement

Semaine 41: Support(s)/Papier(s)

Si l’un des principaux animateurs et théoriciens du groupe Support(s)/Surface(s), Marc Devade, a observé que la déconstruction de l’objet tableau par ses membres avait pu aboutir à de très beaux gestes, il ne manquait pas de fustiger l’ouverture ainsi créée vers le n’importe quoi, ficelles, draperies, colifichets...

Châssis, toile, pigments, liants, pinceaux... les outils de la peinture classique ont été systématiquement soumis par les jeunes turcs de Support(s)/Surface(s) à une déconstruction aussi méthodique qu’implacable, jusqu’à menacer l’existence même de la part d’image sans laquelle la peinture devient incertaine.

Support(s)/Surface(s) n’a jamais vraiment existé en tant que groupe constitué. La preuve, les expulsions et dissidences en son sein ont précédé la rédaction d’un quelconque manifeste; pas même d’exposition inaugurale, mais plusieurs, à Nice ou à Paris, qui ont été nécessaires pour figer la liste des membres de la nébuleuse, que l’histoire a désormais retenu comme constituée des peintres et sculpteurs André-Pierre Arnal, Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Toni Grand, Bernard Pagès, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour et Claude Viallat.

Cette bande de jeunes gens, certains de bonnes familles, d’autres prolétaires, certains parisiens, mais pour beaucoup méridionaux, a multiplié les audaces formelles et conceptuelles, secouant la peinture de tradition française au moyen des outils théoriques du marxisme et pratiques héritées de l’art américain, alors très mal diffusé en France. Ils ont entrepris de laisser la peinture coloniser l’espace, en s’attaquant tant à des sites naturels qu’à des environnements urbanisés. La peinture s’autorisait enfin à s’aventurer hors de la toile, et la toile hors du châssis.

Le critique Didier Semin a ainsi explicité le nom dont le groupe s’est doté: Le support (toile, apprêtée ou non, châssis) et la surface sont un peu les éléments premiers du tableau, dans la tradition de la peinture; ce qui resterait, en somme, si l’on pouvait, par hypothèse, décanter un art en laboratoire pour en extraire les constituants spécifiques. Revendiquer support et surface comme programme, c’était démystifier le rôle de l’artiste, lui retirer les privilèges mystérieux de l’inspiration pour le ramener dans la sphère du travail – une valeur sanctifiée dans une vision marxiste du monde, alors largement dominante chez les artistes et les intellectuels français.

Il y a sans doute un paradoxe (en tout cas une excitation) à observer pour une fois Support(s)/Surface(s) non pas du côté du tableau, comme il en est l’habitude, mais à travers le prisme du papier. Le dessin est la probité de l’art, prétendait Ingres: quelles sont dès lors les possibilités de déconstruction offertes par un medium si implacable, originel, irréductible? Pourtant, tous les artistes du groupe, y compris les sculpteurs, bien sûr, se sont attaqués à ce qui pourrait apparaître comme une impossibilité. Notre surprise a été de retrouver dans toutes les œuvres sur papier ici rassemblées une trame commune, une partition autour de la géométrie, de l’écriture et de l’empreinte qui démontre, peut-être, que par-delà leurs différences et leur radicalité rassembleuse, les membres de Support(s)/Surface(s) partageaient aussi une sensibilité commune, une poésie, qui, peut-être, n’est jamais mieux apparue qu’aujourd’hui. Le moment Support(s)/Surface(s), pourrait-on avancer, n’aura été qu’une crise passagère dans la tradition classique de la peinture. En 1990 déjà, s’appuyant sur la trajectoire (sinueuse) de Louis Cane, l’écrivain Philipe Sollers avançait, plein d’indulgence et de sagesse: Les jeunes générations comprendront qu’il y a eu, un jour, un moment difficile à passer.

Support(s)/Surface(s) est une nébuleuse dont la pensée et la pratique ont considérablement influencé l’art français des dernières décennies, y compris par l’intermédiaire de travaux signés par des artistes qui en sont proches, sans en avoir fait partie, à l’instar de Pierre Buraglio, Simon Hantaï, Christian Jaccard ou François Rouan.

Parallèle à ce qu’a pu être Tel/Quel pour la littérature, la revue Peinture, Cahiers théoriques, fondée en 1971 par Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade et Daniel Dezeuze, a permis de diffuser les théories du groupe. Daniel Dezeuze résume ainsi ce projet: Le but de cette revue est la défense militante de Mai 68 dans le domaine des arts picturaux. Mais elle doit étendre sa vision politique à d’autres disciplines telles que la psychanalyse, le marxisme, l’orientalisme relancé par la révolution culturelle chinoise dans l’optique d’un ancien et nouveau matérialisme.

Naturellement, les ambitions théoriques du groupe ont quelque peu freiné la visibilité ou la carrière individuelle de ses membres, même si, au cours des années 1970, ils ont exposé individuellement ou en groupe dans la plupart des galeries les plus actives en France (Yvon Lambert, Daniel Templon...), mais aussi en Europe (Albert Baronian à Bruxelles, Paul Maenz à Cologne ou La Bertesca à Gênes, par exemple).

Pourtant, les inventions conceptuelles et formelles des artistes de Support(s)/Surface(s) ont modifié en profondeur la manière de faire de l’art, à commencer par l’usage de la toile libre, sans châssis, qui s’est généralisé dans les années 1980, notamment auprès des tenants de la Figuration Libre.La plupart des membres du groupe étant devenus professeurs dans des écoles des Beaux-Arts, notamment dans le Sud de la France, leur succès s’est avéré paradoxal: ils ont de plus en plus été perçus comme académiques alors que la diffusion de leurs préceptes auprès de la jeunesse artistique du pays progressait.

À compter des années 1990 (et cela ne fait que s’intensifier), un véritable revival les a progressivement remis au centre de la scène artistique, non seulement hexagonale (de nombreux jeunes peintres ou sculpteurs affichant une attention aux matériaux, aux outils, aux processus... qui leur doit beaucoup) mais internationale. La parenté entre leurs recherches, datant parfois de plusieurs décennies, et certaines tendances très actuelles de la peinture abstraite leur apporte une véritable fortune critique, et leur a (enfin) ouvert les portes des galeries et institutions américaines de premier plan.

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