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Mon, Jan 25 | https://www.instagram.com/loveandcollect/

Love&Collect: Vous avez dit Bizarre?

Love&Collect: Quarante-deuxième semaine. Chaque jour à 10 heures, du lundi au vendredi, une œuvre à collectionner à prix privilégié, disponible uniquement pendant 24 heures. Collectionner n'a jamais été aussi enrichissant...
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Heure et lieu

Jan 25, 9:59 AM
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À propos de l'événement

Semaine 42: Vous avez dit Bizarre?

Connaissez-vous Bizarre? La revue Bizarre? Publiée entre 1953 et 1968 par deux des éditeurs les plus téméraires de leur temps, Éric Losfeld et Jean-Jacques Pauvert, la revue s’est efforcée tout du long d’être à la hauteur de son titre, naviguant librement entre surréalisme et ‘Pataphysique. Si cette dernière, dérivée de la pensée faustrollienne d’Alfred Jarry, se présente comme la science des solutions imaginaires, les textes et dessins publiés par la revue se montreront à la hauteur. Chaque numéro sera en effet consacré à un objet d’étude des plus bizarres, en lui-même ou à travers ses développements éditoriaux, multipliant les angles les plus inattendus: les fous littéraires, un petit traité de jocondologie suivi d’un traité de jocodonclastie, un numéro spécial Siné et les cabinets, un autre consacré aux monstres, à Tarzan ou encore à la lecture du théâtre de Shakespeare par les tarots de Marseille.

Le premier numéro de Bizarre paraît en juin 1953 et se présente comme un Hommage à Gaston Leroux, le romancier populaire créateur des personnages légendaires de Rouletabille et de Chéri-Bibi. Selon l’éditorial collectif intitulé Ça finira par se savoir chez les veaux, ce choix permet de se passer de toute autre affirmation préalable de ce que nous voulons dire ou ne pas direet de présenter, en termes ambitieusement abstraits, le manifeste de rigueur. Le sommaire parle de lui-même, affirment les auteurs, qui ne s’adressent qu’à ceux qui mettent au-dessus de tout l’amour, l’humour et la poésie, trois valeurs qu’ils se proposent d’exalter, surtout en ce qu’elles ont d’excessif, disons-le, d’insolite.

Dès ce premier numéro, Bizarre réunit une clique hétéroclite de contributeurs et d’amis, Pierre Brasseur, Gérard Legrand, Jacques Sternberg, François Caradec, Robert Benayoun, sans oublier Paul Gilson, l’antiquaire de la rue de Seine Romi, Roger Cornaille dit le Minotaure et le magicien Michel Seldow pour la documentation. Viendront Raymond Queneau et Boris Vian, Jean-Christophe Averty et Michel Leiris. En réalité, le véritable animateur de la revue, celui qui en sera le rédacteur en chef plus ou moins officiel d’un bout à l’autre, n’est autre que Michel Laclos, comédien, libraire, journaliste, éditeur, passé à la postérité pour ses redoutables grilles de mots-croisés…

Bizarre prend vie, échappant à toute règle: certains numéros reposent sur un seul texte, d’autres sont aussi variés que possible. La pagination elle-même varie selon les livraisons: 16, 32, 64, 96, 160 et même plus de 200 pages pour le numéro spécial Humour Dessin 64 (no 36-37, 1964). Théoriquement trimestriel, les numéros se succèdent à un rythme très irrégulier, qui s’explique par les difficultés financières, mais ses choix éditoriaux audacieux sont également en cause. Pour certains numéros particulièrement ambitieux, une dizaine d’années de recherches peut s’avérer nécessaire! Jean Ferry prendra ainsi onze ans pour sortir son Raymond Roussel (no 34-35, 1964).

Entre deux numéros thématiques fabriqués au long cours, Bizarre prend donc des formes variables, celles de l’assemblage hétéroclite de curiosités littéraires, jeux, essais, poèmes, théâtre, et même un extrait de Statistique des causes de décès publié par le ministère du Travail, de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance sociale, liste de quatre pages qui commence par Abcès de l’arrière-bouche.

Depuis le premier numéro 2 (novembre 1953), dévolu au dessinateur Grandville, Bizarre est aussi une revue grande ouverte aux illustrateurs, certains célèbres mais oubliés, d’autres inconnus. La part réservée aux dessins d’humour, aux collages, aux reportages photographiques, aux photogrammes hors-texte, ira croissant au fil des numéros, certains d’entre eux étant entièrement composés d’illustrations à l’instar des mythiques Dessins inavouables de 1960.

Jean-Jacques Pauvert explique ainsi dans ses mémoires la part croissante du dessin d’humour dans Bizarre: Les dessinateurs que nous révélions depuis Siné renouvelaient le genre […] Début 1960 déjà, nous avions publié coup sur coup deux numéros: Dessins inavouables et Supplément aux dessins inavouable. Fort bien présentés par Michel Laclos, ils rassemblaient les dessins refusés par la presse française, encore bien conventionnelle. Folon, Chaval, Gébé, Topor, Cardon, Le Foll, Siné bien sûr, Maurice Henry, Trez, Mose, André François (je ne peux pas les citer tous), y installaient le dessin d’humour moderne. C’était le début d’une époque…

L’influence du grand surréaliste Maurice Henry, qui publia à lui seul 25 000 dessins dans 150 journaux (et signa la couverture du premier numéro de Bizarre époque Pauvert), est majeure. Sous l’impulsion de celui qui fut également le premier gagman du cinéma français, la caricature s’orienta vers des voies imprévues, l’absurde et le saugrenu firent leur entrée tandis que l’humour noir, privilège jusqu’alors essentiellement littéraire, envahit graphiquement les pages de la revue. Le dessin s’épure, s’intellectualise, et ne s’interdit plus aucun sujet, fut-il scabreux voire réputé intouchable.

Parmi les nouveaux thèmes privilégiés par la joyeuse équipe des dessinateurs de Bizarre, Laclos lui-même relève l’armée, ses troupes moutonnières (Bosc) et sa connerie majuscule (Siné), la religion, les infirmes… À ces thèmes anciennement proscrits s’ajoutent quelques répréhensibles exemples de remise en cause par le dessin d’humour de la haute et noble opinion que l’homme a de lui-même et de ses activités, c’est-à-dire le Suicide, le Repos éternel, l’Amour, le Mariage, la Famille, l’Art, la Justice, etc.

Souvent présentée comme annonciatrice de l’esprit de mai 1968, Bizarre est un OVNI éditorial, une revue d’avant-garde populaire, sérieuse et foutraque, irrévérencieuse jusqu’à l’autodérision, dont l’influence graphique a largement dépassé les frontières françaises, prouvant que non seulement l’on peut, mais l’on doit rire de tout.

[Pour en savoir plus sur cette aventure intellectuelle et éditoriale hors du commun, on se reportera avec intérêt au florilège rassemblé en 2009 par Jean-Marie Lhôte aux éditions Berg sous le titre Bizarre. Anthologie 1953-1968, et à l’article publié par Emmanuel Dreux sur le sujet dans La Revue des revues en 2013]

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